Immigration : politique au fil de l’eau du gouvernement

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Six mois après une visite de la « jungle » de Calais, je me suis de nouveau rendu sur place ce mardi 9 février.

Les 125 containers annoncés par Bernard Cazeneuve l’été dernier sont installés. 700 personnes y ont pris place. A l’intérieur, douze lits, douze rangements et douze prises électriques.

Ce centre d’accueil provisoire (le CAP) complète l’accueil de jour, ouvert début 2015, dans l’ancien centre de loisirs Jules Ferry et le centre réservé aux femmes et aux enfants. 250 nouvelles places y ont d’ailleurs été ouvertes.

Au total ce sont 1900 places (1500 au CAP et 400 au Centre Jules Ferrry) qui ont été ouvertes, 900 (700 + 200) sont aujourd’hui occupées. Le site est géré par l’Association Vie Active, avec repas et douche.

D’un point de vue humanitaire, la situation des migrants a largement été améliorée. Reste que près de 3500 personnes vivent encore dans la jungle.

Tous attendent de passer en Grande Bretagne, encouragés largement par les passeurs présents sur place. Il faut bien comprendre que les migrants sont des marchandises pour les passeurs, avec une valeur monétaire de 5000 € pour un passage.

Les services de l’Ofpra et de l’Ofii sont présents, mais seulement 1 jour tous les 15 jours, laissant largement le temps aux passeurs de convaincre ceux qui seraient tentés de rester en France.

Tant qu’il y aura des passeurs au cœur des camps, la situation perdurera.

Le passage vers la Grande-Bretagne est pourtant de plus en plus difficile. Le tunnel sous la Manche a été largement sécurisé, la voie par le port de Calais est quasi-bloquée. Les migrants se déplacent donc, vers Dunkerque et notamment le camp de Grande Synthe et la Belgique. Depuis la Belgique, entre 30 et 40 traversées quotidiennes s’effectuent en ce moment. Dernière tentative en date le weekend dernier, quatre iraniens ont tenté la traversée du channel sur une petite embarcation de pêche.

Même si Bernard Cazeneuve a promis à Xavier Bertrand, président de la Région et à Natacha Bouchart, Maire de Calais, plus de fermeté avec des contrôles à l’entrée et à la sortie de la lande et des mesures d’éloignement, le problème de fond n’est pas vraiment traité. A 40 kilomètres de là, à Grande-Synthe, près de Dunkerque, 1700 personnes (95 % d’origine Kurde) survivent dans des tentes de camping posées dans la boue.

MSF et Médecins du monde gèrent le camp avec l’aide de la Mairie. L’Etat ne veut pas en entendre parler ! Considérant les conditions de vie de ces migrants et ayant besoin du terrain où ils sont installés pour y développer un projet, le Maire a organisé le transfert du camp à 500 mètres de là. Sous le contrôle de MSF, 500 tentes de 5 places sont en cours d’installation, pour un coût de 2,5 millions d’euros (financement MSF et ville) Le coût de fonctionnement sera de 150000 euros par mois.

Lors de cette visite, on nous a signalé d’autres camps tout le long de la côte.

Il est certain que des améliorations au dispositif d’accueil des réfugiés existent, pour autant les moyens restent insuffisants. Devant l’ampleur du phénomène et la durée dans laquelle il s’installe, le gouvernement doit amplifier les moyens et spécifiquement les moyens administratifs pour identifier, enregistrer les migrants et apporter une réponse à chaque situation. L’Ofpra et les autres services n’assurent que des missions temporaires.

Par ailleurs, l’ordre républicain n’est toujours pas assuré, pas de contrôle des forces de police, laissant place à toutes sortes de trafics, présence des passeurs au sein même des camps, pas de poursuites pénales pour les auteurs d’infractions.

L’Etat a les capacités de maîtriser la situation, faut-il encore qu’il le veuille ! Malgré toutes les prises de position de Bernard Cazeneuve notamment, on peut se demander quelle est la volonté réelle du Chef de l’Etat.