Immigration : le gouvernement devant la réalité des chiffres

Les « Statistiques annuelles en matière d’immigration, d’asile et d’acquisition de la nationalité française » ont été publiées ce 15 janvier par le ministère de l’Intérieur. À la lecture du document, nous apprenons que le nombre de demandeurs d’asile en France a connu une hausse de 22 % entre 2017 et 2018. Ce sont ainsi 122 743 demandes qui ont été recensées auprès de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) au cours de l’année dernière. Ce nombre avait déjà augmenté de 17 % entre 2016 et 2017.

Compte tenu des migrations de par le monde, ces hausses ne seraient ni surprenantes ni alarmantes si le gouvernement voulait bien voir la réalité en face et anticiper les mesures et les moyens. Pourquoi ne nous a-t-il pas écouté lors de l’examen de la mission « Immigration, asile, intégration » du projet de loi de finances pour 2019 au Sénat ?

Je dénonçais alors que « malgré des hausses ponctuelles, les moyens programmés par le budget pour 2019 sont fondés sur des hypothèses irréalistes et restent notoirement insuffisants au regard de la réalité des phénomènes migratoires auxquels la France est aujourd’hui confrontée ».

D’un point de vue budgétaire, le Gouvernement prévoit une stabilisation de la demande d’asile en 2019 et en 2020, alors même que la France reste exposée à une forte demande d’asile et à des flux provenant d’Italie et d’Espagne qui ne se tarissent pas. Les chiffres sont là !

Comment nos organismes, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ou l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) pourront tenir le délai cible de six mois en moyenne pour le traitement des demandes avec des budgets qui restent stables et des demandes en forte hausse ?

En outre, l’immigration irrégulière reste le parent pauvre de la politique migratoire. Même si les taux d’éloignement sont affichés être en hausse, on ne nous communique pas le nombre d’OQTF (obligation de quitter le territoire français). Il serait plus intéressant d’avoir le % de renvois par rapport au nombre d’OQTF prononcées ! On verrait alors vraiment ce qu’est la réalité de nos politiques d’éloignement des étrangers en situation irrégulière !